« Les Africains, cher évêque Chrysostome, ne sont pas votre propriété. Ce sont des êtres humains vivants qui ont le droit de prendre des décisions », écrit le prêtre Georges Maximov, président du département missionnaire de l’Exarchat patriarcal d’Afrique de l’Église orthodoxe russe, dans une tribune pour l’African Initiative. Il répond ainsi aux vives critiques de l’évêque Chrysostome (Maidonis) de Bukoba, de l’Église orthodoxe d’Alexandrie, concernant les activités de l’Église russe en Afrique. Comme le souligne le père Maximov, les accusations selon lesquelles l’Église orthodoxe russe « achèterait » des prêtres africains et ne mènerait aucun travail missionnaire ou éducatif sont infondées. Dans sa tribune, il présente des données sur les activités de l’Exarchat, revient sur le ralliement de clercs africains à l’Église russe et explique pourquoi la critique publique des hiérarques grecs cache en réalité un refus de reconnaître l’autonomie de choix des croyants africains.
Fin juillet, le métropolite Constantin, exarque patriarcal d’Afrique, s’est rendu en Tanzanie. Cette visite a fortement déplu à l’un des évêques grecs locaux de l’Église d’Alexandrie, l’évêque Chrysostome (Maidonis) de Bukoba, qui a peu après prononcé un discours de colère.

Monseigneur Chrysostome, évêque de Bukoba de l’Église orthodoxe d’Alexandrie
Dans ce discours, il a notamment déclaré :
« [L’Église russe] a envahi l’Afrique orthodoxe en distribuant des roubles. Ils n’ont pas de doctrine, ils ne font pas de catéchisation, ils ne mènent aucune activité missionnaire. Ils ne font que distribuer des roubles. Ils achètent les consciences. Ils volent des prêtres, des chrétiens, des églises, des biens, […] exploitent la pauvreté et l’ignorance des pauvres Africains et les arrachent à l’Église-mère qui les a enfantés et élevés ».
Il s’agit d’une position typique des hiérarques grecs de l’Église d’Alexandrie, formulée par le patriarche Théodore II dès 2022, et qui se répète depuis sans cesse.

Conférence sur les activités catéchétiques à Moscou pour les prêtres africains aînés
À la suite de cela, dès 2019, l’Église orthodoxe russe a rompu la communion avec l’Église d’Alexandrie, constatant que cette dernière avait versé dans le schisme. Peu après, le Patriarcat de Moscou a reçu des dizaines de requêtes de prêtres africains de l’Église d’Alexandrie, qui exprimaient leur désaccord avec les actions du patriarche Théodore et refusaient de faire partie d’une « église » schismatique. Pour se prémunir de toute communion avec le schisme, ils demandaient à être accueillis au sein de l’Église orthodoxe russe. En décembre 2021, l’Église russe a accédé à leur demande, et l’Exarchat patriarcal d’Afrique a été créé pour organiser la vie ecclésiale dans ces paroisses.
Les évêques grecs de l’Église d’Alexandrie ont longtemps refusé de croire que cela se produisait réellement et à une telle échelle, en fin de compte, plus de 300 prêtres africains ont envoyé des demandes de ralliement à l’Église orthodoxe russe. Puis, après la phase de déni, ils sont passés à la phase de colère, dans laquelle ils se trouvent visiblement encore aujourd’hui à en juger par les propos de l’évêque Chrysostome. En témoignent ses expressions telles que « Russes, hors d’Afrique ! », ainsi que l’ensemble de son intervention, qui constitue un cas typique de discours de haine (hate speech).
La position exprimée par l’évêque Chrysostome et d’autres hiérarques grecs de l’Église d’Alexandrie illustre parfaitement leur attitude envers les Africains. Ils n’accordent aux prêtres et aux croyants d’Afrique aucun droit de faire un choix libre, conscient et fondé sur des convictions. En réalité, la position qu’ils défendent revient à dire : « Nous, les Grecs de l’Église d’Alexandrie, sommes si formidables et nos actions sont si irréprochables, que les prêtres et les laïcs africains ne sauraient avoir la moindre raison valable de nous quitter, si ce n’est leur ignorance et leur vénalité, dont les perfides Russes ont profité ».
L’année dernière, j’ai publié un article intitulé « Les premières années d’activité de l’Exarchat patriarcal d’Afrique de l’Église orthodoxe russe » dans les Notes scientifiques de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences de Russie. J’y analyse en détail et y réfute la position susmentionnée des évêques grecs de l’Église d’Alexandrie, je ne me répéterai donc pas ici. Je me contenterai de noter que j’y cite non seulement mon propre avis, mais aussi les déclarations de prêtres africains qui nous ont rejoints, ainsi que l’opinion du prêtre kényan Evangelos Thiani, resté au sein de l’Église d’Alexandrie et écrivant de son point de vue. Pourtant, même lui souligne l’incohérence de l’analyse des évêques grecs quant aux raisons du départ des Africains, leur déconnexion de la réalité et leur ignorance des vrais problèmes de la vie ecclésiale en Afrique.

Kenya. Nandi. Remise de nouvelles publications en swahili, y compris le catéchisme.
Je citerai quelques passages de l’article de ce prêtre qui, je le répète, est un clerc de l’Église d’Alexandrie : « Les entretiens [avec les prêtres partis], menés en 2022, ont révélé que les raisons de leur départ d’Alexandrie résidaient dans la mauvaise gestion administrative et les défaillances morales. Les prêtres se plaignaient également de ne pas être impliqués dans la prise de décision… du langage offensant et irrespectueux de certains évêques grecs à l’égard des prêtres et des laïcs africains… de la discrimination exercée par les expatriés européens envers les chrétiens noirs. De plus, le déclin moral et l’amour excessif de l’argent de la part de certains hiérarques ont affaibli l’autorité spirituelle des prélats d’Alexandrie. Faute d’avoir su contextualiser l’Église orthodoxe pour les Africains, ils ont fait preuve de mépris envers eux… Bien que les régions, les langues et les pays des prêtres interrogés diffèrent, leurs problèmes sont très similaires. Les prêtres africains interrogés estimaient que Moscou… les libérerait des « méchants » Grecs et les aiderait à faire grandir une Église orthodoxe authentique ».
Le tableau est tout à fait différent, n’est-ce pas ? Il s’avère que les Africains ont leur propre opinion ! Il s’avère qu’ils ont des raisons ! Et ces raisons ne sont ni l’ignorance ni la vénalité ! Permettez-moi de citer une autre remarque essentielle du père Evangelos : « Plus de la moitié des membres du clergé interrogés se demandaient : « Comment se fait-il qu’aucun évêque grec ne nous ait invités à expliquer pourquoi nous avions rejoint Moscou, mais qu’ils se soient empressés de publier des lettres de menace ? »» (Thiani E. The Russian Orthodox Church in Africa – For Political or Ecclesial Reasons? // Studies in World Christianity. 2024. Vol. 30. № 2. P. 259).
En effet, les Grecs ne se sont même pas montrés curieux. Pas un seul n’a tenté de rencontrer un clerc sur le départ pour lui demander : « Mon père, quelles en sont les raisons ? Dites-moi ce qui ne va pas ? » Et l’évêque Chrysostome en particulier n’a contacté aucun de ses prêtres tanzaniens passés de notre côté pour leur poser cette question.
Pourtant, il affirme avec assurance que tout est une question de roubles russes et d’ignorance ! Ce qui est intéressant, c’est que lorsque le patriarche de Constantinople a reconnu les schismatiques ukrainiens, de nombreux prêtres avec leurs paroisses en Europe et certains en Amérique ont quitté l’Église de Constantinople pour rejoindre l’Église russe pour la même raison canonique, afin de ne pas être en communion avec des schismatiques. La situation était donc absolument identique. Mais étrangement, à l’égard de ces prêtres et paroissiens, les Grecs n’ont pas écrit que tout cela était le fruit de l’ignorance et de l’appât du gain en roubles !
Les Européens et Américains blancs auraient-ils donc le droit de faire un tel choix par conviction et pour des motifs sérieux, tandis que les Africains, placés exactement dans la même situation, en seraient soudainement incapables ?
Pourquoi ? À cause de leur couleur de peau ?
L’évêque Chrysostome nous qualifie, nous les Russes, de schismatiques, ce qui est absolument absurde, car l’Église orthodoxe russe n’est entrée en communion avec aucune pseudo-église schismatique. Nous maintenons la même position qu’avant les années 2018-2019, celle-là même que partage la majorité des Églises orthodoxes locales.
De plus, cette position est partagée et publiquement défendue par de nombreux croyants grecs des Églises de Grèce et de Chypre, y compris des prêtres et même des évêques. Bien qu’ils ne soient pas russes, ils ont eux aussi sévèrement critiqué cette démarche des patriarches de Constantinople et d’Alexandrie, affirmant l’impossibilité de reconnaître des schismatiques. Il existe une multitude de documents de ce type en langue grecque. L’évêque Chrysostome en connaît parfaitement l’existence, mais il préfère la passer sous silence. Pour une raison étrange, il ne qualifie pas ces évêques et prêtres grecs d’ignorants ou de vendus aux roubles russes. Chez eux, le rejet du schisme ukrainien peut tout à fait être une conviction sincère !
Mais chez les Africains, cela serait impossible ! Selon les évêques de l’Église d’Alexandrie, ils ne sauraient être guidés que par l’ignorance et l’appât du gain. Cet orgueil, ce narcissisme et cette attitude méprisante envers les Africains, qui transparaissent derrière la posture de l’évêque Chrysostome et de nombreux autres prélats grecs de l’Église d’Alexandrie, confirment parfaitement les propos de l’article du père Evangelos.
Même le lexique que l’évêque Chrysostome emploie à l’égard des Africains qui nous ont rejoints : « ils sont capturés… arrachés… volés », relève de termes habituellement réservés à des objets inanimés. L’évêque grec ne parle pas des Africains comme d’êtres doués de raison et capables de prendre des décisions conscientes, mais comme de choses passives subissant des actions, allant jusqu’à les assimiler à des biens matériels !
Puisque l’évêque Chrysostome s’adresse, dans sa publication, à nous, missionnaires russes en Afrique, je m’adresserai parfois à lui dans cet article. Celui-ci devant être publié en plusieurs langues, j’espère qu’il lira cette réponse.
Ainsi donc, cher évêque Chrysostome, nous n’avons besoin ni de vos églises, ni de vos biens. Personnellement, j’ai répété à maintes reprises aux pères : tout ce qui appartient aux Grecs, rendez-le-leur !
Mais les Africains, cher évêque Chrysostome, ne sont pas votre propriété. Ils ne sont pas vos biens matériels. Ce sont des êtres humains vivants qui ont le droit de prendre des décisions. Et selon les lois de leurs pays respectifs, la liberté de conscience leur est garantie. Respectez cela. Personne ne vous les a volés. Ils ont pris leur décision eux-mêmes. Ils se sont tournés vers nous de leur propre chef. Nous ne les avons achetés avec aucun rouble. Au contraire, j’ai dit honnêtement à tout le monde que ce serait difficile pour nous, car nous repartons de zéro.

Remise de littérature orthodoxe en français aux prêtres de la RCA. Photo : Exarchat patriarcal d’Afrique.
L’évêque Chrysostome (Maidonis) sait pertinemment de quoi il s’agit, car c’est précisément lui qui, en 2022, a expulsé les enfants des prêtres Pierre Madjoune, Polycarpe Boutchenyi, Macaire Moukhangwa, Augustin Batalingai et Séraphin Simba de la St. Sosthenes Secondary School à Rubale (Bukoba) et de l’Aristotele High School à Karagwe (Kayanga). Il punissait ainsi de jeunes Africains pour le choix de leurs parents, et punissait les parents à travers leurs enfants. Voilà comment vous agissez. Voilà comment vous aimez les pauvres enfants africains. Pourtant, même confrontés à toutes ces épreuves, la majorité des prêtres préfère rester au sein de l’Église russe.
Pendant ce temps, les évêques grecs préfèrent mentir à leur sujet. Et au nôtre.
Je ne commenterai pas chacune des déclarations de l’évêque Chrysostome. Il a réussi ce que peu de gens parviennent à faire : écrire un texte où chaque phrase, sans exception, est un mensonge. J’ai déjà réfuté certaines de ses thèses dans l’article mentionné plus haut. Certaines de ses affirmations sont tellement absurdes qu’elles se discréditent d’elles-mêmes (comme l’idée que les Russes ne reconnaîtraient pas les Conciles œcuméniques).
Cependant, je l’avoue, un point dans ses propos m’a touché au point de me décider à rédiger cette réponse. À savoir, lorsque l’évêque Chrysostome affirme : « [les Russes] ne font pas de catéchisation, ils ne mènent aucune activité missionnaire ».
En réalité, dès la création de notre Exarchat d’Afrique, notre préoccupation majeure a été précisément de doter les paroisses africaines de livres de catéchisme. À cette époque, la majorité de nos paroisses se trouvaient au Kenya et en Tanzanie, des pays où le swahili est la langue officielle. Dès le mois de juin 2022, la traduction en swahili du catéchisme de saint Nicolas de Serbie était prête, imprimée et livrée en Afrique ! Cette année-là, j’ai personnellement distribué ces ouvrages à nos prêtres au Kenya et en Tanzanie.
Par la suite, il y a eu un autre tirage de ce catéchisme, que nous avons distribué non seulement à chaque prêtre, mais aussi à chaque catéchiste.

Distribution d’Évangiles et d’icônes aux fidèles. Bukoba, Tanzanie. 2024.
Ce même catéchisme de saint Nicolas a été traduit par nos soins en chichewa, imprimé et distribué en 2024 au Malawi lors de baptêmes de masse, au cours desquels le métropolite Constantin a baptisé plus de mille personnes. De plus, nous l’avons traduit et publié en bemba, et cette même année, je l’ai personnellement distribué à tous nos prêtres et fidèles en Zambie.
Nous avons également publié ce catéchisme en anglais et en français. En 2025, nous l’avons transmis à tous les doyens d’Afrique, et par leur intermédiaire, à tous nos prêtres. Pas plus tard que le mois dernier, lors de l’accueil d’une nouvelle communauté en Guinée équatoriale au sein de l’Église orthodoxe russe, j’ai personnellement remis à chaque nouveau converti le catéchisme de saint Philarète de Moscou en langue espagnole.

Éditions du catéchisme en swahili et en bemba.
Mais, bien sûr, un catéchisme seul ne suffit pas. Il faut un système qui aide le prêtre et le catéchiste à utiliser correctement le catéchisme lors des séances avec les fidèles. L’Exarchat patriarcal d’Afrique a mis en place un Centre spirituel et éducatif spécial, dont l’une des missions est la préparation, la traduction, la publication et la diffusion de la littérature orthodoxe en Afrique. Les spécialistes de ce centre (notamment Anton Rakouchine) ont élaboré un manuel spécifique destiné aux catéchistes africains. Il s’agit d’un ouvrage distinct qui les guide et unifie le travail de catéchisation dans toutes nos paroisses, afin que celui-ci ne soit plus limité par le niveau de connaissances d’un catéchiste en particulier. Ce « Guide du catéchiste » a été traduit et publié en anglais, en français et en swahili, puis distribué dans chacune de nos paroisses, accompagné du catéchisme dans ces mêmes langues.
Naturellement, nous comprenions que les livres seuls ne suffisaient pas. Il était indispensable d’élever globalement le niveau de connaissances sur l’Orthodoxie parmi nos prêtres et nos catéchistes. C’est pourquoi nous avons offert la possibilité à des centaines d’Africains de nos paroisses de suivre des cours de théologie en ligne en langue anglaise auprès de l’Académie de théologie de Moscou. Plus tard, nous avons lancé nos propres cours orthodoxes en ligne en langue française.
Hélas, en Afrique, tout le monde est loin de disposer des conditions nécessaires pour étudier en ligne, la connexion internet n’étant pas stable partout, entre autres difficultés. C’est pourquoi, dès 2023, nous avons envoyé un missionnaire russe qui s’est rendu en Tanzanie, au Kenya, au Cameroun, au Rwanda, au Burundi et en Angola, séjournant longuement dans chaque pays pour donner des conférences dans les paroisses et améliorer la formation des catéchistes.

Des prêtres avec les nouvelles éditions en swahili.
En 2025, une équipe entière du Centre spirituel et éducatif, composée de trois prêtres, s’est rendue au Kenya pour y animer des séminaires de plusieurs jours dans chacun des neuf doyennés du pays.

Séminaire animé par l’archiprêtre Tigriy dans le doyenné central du Kenya
De plus, il s’agissait de séminaires distincts pour les prêtres, pour les catéchistes, pour les leaders de jeunesse, ainsi que pour les membres des « Unions des mères » orthodoxes. Ce mois-ci, cette même équipe se rendra dans un autre pays africain avec le même programme de séminaires approfondis. Ils ont établi un contact personnel avec chaque catéchiste, bénéficient d’un retour d’expérience et réagissent rapidement aux questions qui se posent, tout cela dans le but d’améliorer la qualité de la catéchisation.
Et ce n’est, bien entendu, qu’une partie de ce que nous traduisons et publions pour l’Afrique. Nous avons constaté que la quasi-totalité des laïcs orthodoxes africains qui nous ont rejoints en quittant les Grecs ne possédaient ni Bible, ni même un Évangile. C’est pourquoi j’ai personnellement préparé une édition spéciale de l’Évangile selon saint Marc, dotée d’une préface orthodoxe et de commentaires des Saints Pères. Nous l’avons traduite et publiée en anglais, en français, en swahili et en portugais. Et nous la distribuons lors de chacun de nos déplacements. J’ai personnellement distribué ces Évangiles en swahili au Tanzanie et au Kenya, en français au Gabon et au Congo, en portugais en Angola, etc. D’autres prêtres et collaborateurs de l’Exarchat en ont fait de même dans d’autres pays. Malheureusement, chaque famille orthodoxe de nos paroisses n’a pas encore reçu son Évangile, mais nous y travaillons en en distribuant chaque mois, et nous y parviendrons sans faute.

Publication de littérature orthodoxe en swahili.
En outre, nous avons traduit et publié des brochures éducatives sur d’autres thèmes, notamment « En quoi l’Église orthodoxe diffère-t-elle des autres églises ? », un sujet très pertinent pour les Africains vivant dans un environnement non orthodoxe et confrontés à des questions sur leur foi. Cette brochure apologétique rassemble des réponses concrètes expliquant la justesse de la doctrine orthodoxe.
Nous avons également publié et distribué la brochure « 300 paroles des saints de l’Église orthodoxe », afin de faire découvrir aux Africains l’héritage spirituel des Saints Pères, ainsi que de nombreux autres ouvrages.
Pas plus tard qu’avant-hier, on m’a présenté l’édition de la traduction anglaise de mon livre, que j’ai préparé spécialement pour l’Afrique. Il s’intitule « Les fondements de la vie spirituelle (confession, prière et jeûne) ». Les traductions dans d’autres langues sont encore en cours, mais seront bientôt finalisées. De plus, les collaborateurs de notre Centre spirituel et éducatif ont préparé et publié quatre nouveaux livres, dont l’annonce sera faite prochainement.
Par ailleurs, nous avons publié des manuels pour les écoles du dimanche et, sur cette base, nous avons organisé un concours de dessins pour enfants pendant trois mois. Ainsi, chaque dimanche, les enfants de nos paroisses en Afrique découvraient un nouveau thème avant de l’illustrer par un dessin.

Nous avons acheté du papier et des crayons de couleur. La première fois, en 2023, cette initiative a touché plus de 3 000 enfants orthodoxes dans neuf pays, et les vainqueurs ont reçu des diplômes ainsi que des récompenses matérielles. La fois suivante, en 2025, ce même concours, accompagné d’un programme de causeries pour les écoles du dimanche, a englobé un nombre encore plus important de pays et de participants.

Remise d’un diplôme à la lauréate du concours de dessin au Cameroun.
Bien sûr, nous traduisons et publions également en langues africaines de la littérature liturgique, des livres de prières et des dépliants informatifs, mais je ne vais pas détailler tout cela afin de ne pas allonger un article déjà long.

École du dimanche au Cameroun.
J’ajouterai seulement qu’en août 2025, nous avons organisé à Moscou la première conférence internationale des Africains orthodoxes, réunissant les prêtres principaux de quinze pays, et dans le cadre de laquelle s’est tenue une session spéciale dédiée à l’amélioration des pratiques de catéchisation dans nos paroisses africaines.
Tout ce que j’ai mentionné ci-dessus correspond à des actions réelles, que l’on peut suivre à travers les actualités sur les ressources officielles de l’Exarchat. Je demanderai aux éditeurs d’ajouter autant d’illustrations que possible à cet article, afin que les lecteurs puissent constater que tout cela est vrai.
Certains diront peut-être que c’est peu, mais je rappellerai que notre Exarchat n’existe que depuis quatre ans. Pour quatre années, il me semble que ce n’est pas si mal. En tout cas, ce n’est certainement pas rien.
Ainsi, lorsque l’évêque grec Chrysostome affirme que nous « ne faisons pas de catéchisation », c’est un mensonge d’une insolence incroyable. Et cela est d’autant plus impudent si l’on considère qui en est l’auteur.
Durant toutes les années que j’ai passées en Afrique, je n’ai jamais vu la moindre publication de catéchisme de l’Église orthodoxe d’Alexandrie dans aucune langue africaine. Je n’ai rencontré que de la littérature liturgique. Et des calendriers ecclésiastiques. Cela, ils le publient, c’est vrai. Mais un catéchisme, jamais. Ni aucun autre ouvrage sur l’Orthodoxie. Du moins, je n’ai pas réussi à en trouver.
Et il ne s’agit pas seulement de mon expérience limitée. En janvier de cette année, je me suis rendu au Burundi. Nous y tenions un séminaire pour les prêtres et les catéchistes. Évidemment, comme à mon habitude, j’ai distribué à tous des catéchismes et d’autres livres orthodoxes. Parmi nous se trouvait un nouveau venu : le protopresbytre Nicolas Bigirimana, ancien directeur spirituel du diocèse local de l’Église d’Alexandrie. Il avait été reçu au sein de notre Église la veille même. En recevant les livres, le père Nicolas a soudainement déclaré avec étonnement :
« Lorsque j’étais dans l’Église grecque, j’ai demandé à l’évêque pendant cinq ans de me donner ne serait-ce qu’un seul exemplaire du catéchisme, et on ne me l’a jamais donné, alors que dans l’Église russe, je l’ai reçu dès le premier jour ! »
Comme on dit, appréciez la différence. Dans l’un des pays africains, on m’a même rapporté que les habitants de la région avaient créé un dicton : « Si tu veux avoir des biscuits gratuits, va à l’Église grecque, mais si tu veux vraiment découvrir la foi orthodoxe, va à l’Église russe ».
Permettez-moi d’apporter encore quelques témoignages. Nous organisons chaque année un concours de nouvelles pour les auteurs orthodoxes d’Afrique, afin de soutenir les talents locaux et d’apporter une modeste contribution au développement de la littérature africaine. Ce sont des personnes ayant quitté l’Église grecque d’Alexandrie pour nous rejoindre qui écrivent sur les réalités qu’elles y ont vécues. Ces réalités ne servent que de toile de fond à l’intrigue de leurs récits. Elles y sont décrites comme quelque chose de tout à fait normal. Je me permets de citer deux extraits.
La première citation est tirée de la nouvelle « La lumière du cœur », écrite par un auteur du Bénin. Dans l’histoire, le personnage principal se rend dans une église orthodoxe et commence à s’intéresser à la foi. Il demande au prêtre :
« — Et si je veux comprendre davantage, par quoi devrais-je commencer ?
Le prêtre, ravi, lui remit une Bible et un calendrier des offices, en disant :
— Viens quand tu veux. La porte est ouverte ».
La seconde citation provient de la nouvelle « Le scepticisme de Joseph face à la foi », rédigée par un auteur du Cameroun. Il écrit à propos de son ami non orthodoxe :
« Je l’ai emmené chez mon père spirituel, qui a chargé le catéchiste de leur enseigner les fondements et les notions de la tradition orthodoxe. Il y avait là un calendrier liturgique des épîtres et des évangiles de l’année 2004, que le prêtre m’avait offert et que j’ai donné à Joncréo. Ce livre lui a permis d’apprendre le Symbole de la foi orthodoxe, Notre Père, les premières prières du matin et du soir, les enseignements sur la pratique du jeûne dans l’Orthodoxie, ainsi que les différentes fêtes célébrées par l’Église… »

Des enfants en Zambie ayant reçu le catéchisme en langue bemba.
Pourquoi ?
Tout simplement parce qu’il n’y a rien d’autre !
Aucun livre, aucune brochure, ni même un dépliant ! Seulement quelques pages en annexe du calendrier des lectures liturgiques, contenant quelques prières et un minimum d’informations.
Pourtant, l’Église d’Alexandrie est implantée dans beaucoup de ces pays depuis bien plus de quatre ans. Au Kenya, par exemple, cela fait 70 ans ; dans d’autres pays, c’est parfois plus, parfois moins, mais cela se compte en décennies.
Où sont donc vos catéchismes, évêque Chrysostome ? Où sont vos traductions de livres sur la doctrine orthodoxe, la vie spirituelle ou l’apologétique ? Où est la littérature que vous avez publiée ?
Elle n’existe pas. Je le constate chez ceux qui nous ont rejoints en vous quittant. C’est pourquoi nous devons organiser la catéchisation et nous occuper des traductions à un rythme si soutenu, afin de combler ce que vous n’avez pas fait.
Vous n’avez pas enseigné la foi aux gens, et vous ne le faites toujours pas ; chez beaucoup d’entre eux, le niveau de connaissances est catastrophiquement bas. Et ce n’est pas la faute des Africains. De leur côté, ils font tout ce qu’ils peuvent. Beaucoup tentent de découvrir par eux-mêmes la foi orthodoxe sur Internet, mais tout le monde n’y a pas accès et tous ne maîtrisent pas les langues européennes pour pouvoir y lire.
Les illustrations de cet article comporteront de nombreuses photos où l’on me voit distribuer des catéchismes et des Évangiles à des Africains. Et il y en a encore plus sur Internet. En revanche, je n’ai trouvé aucune photo de l’évêque Chrysostome de Bukoba le montrant en train de donner un catéchisme ou tout autre livre à son troupeau. J’ai parcouru toutes ses photos sur Internet et je n’en ai pas trouvé une seule de ce genre.
Pourquoi donc, je me le demande ?
Je me suis rendu sur le site du diocèse de Bukoba, dirigé par l’évêque Chrysostome, et j’ai lu toutes les actualités pour la période 2024-2026. Ce ne fut pas difficile, car elles sont peu nombreuses. On y trouve l’annonce d’une seule et unique publication (en trois ans !) de ce diocèse en langue swahili. Et savez-vous de quoi il s’agit ? Je pense que beaucoup de lecteurs l’ont déjà deviné.
C’est le calendrier des lectures liturgiques pour l’année 2024 !

Capture d’écran du site internet du diocèse de Bukoba de l’Église orthodoxe d’Alexandrie.
Oui, c’est exactement la même histoire que celle décrite par les auteurs du Bénin et du Cameroun dans leurs nouvelles. De plus, l’actualité précise que la publication du calendrier avait cessé en 2017. Et en 2024, elle a soudainement repris ! Juste après l’arrivée des Russes en Tanzanie, qui ont commencé à distribuer des catéchismes et des Évangiles. Rappelons que l’évêque Chrysostome est en poste à Bukoba depuis 2020. Pourquoi ne s’est-il donc pas soucié de publier ce calendrier pendant quatre longues années ? Attendait-il la visite d’un hiérarque russe ?
Il y a aussi une information, datant semble-t-il de 2025, mentionnant que l’évêque Chrysostome a organisé un séminaire pour les catéchistes tanzaniens, et il y est indiqué que des manuels leur ont été distribués. Ils n’apparaissent pas sur les photos. Ils ne sont pas présentés comme un livre à part entière. Il s’agit probablement de simples impressions sur papier. Ce qui est déjà une bonne chose, certes. Cependant, cette même actualité rappelle que l’Église d’Alexandrie est présente en Tanzanie depuis 60 ans.
Comment se fait-il que les Grecs n’aient commencé à distribuer des manuels pour catéchistes qu’en 2025, alors que les Russes avaient déjà entamé cette démarche en 2022 ? En 60 ans, ces manuels en swahili n’auraient-ils pas dû être imprimés en une telle quantité que tout le monde en possède déjà un ?
D’ailleurs, une autre question se pose. L’évêque Chrysostome affirme avec assurance que l’ignorance des Africains orthodoxes est l’une des raisons principales (avec leur « vénalité ») de leur ralliement à l’Église russe. Mais si cela est vrai, pourquoi votre troupeau s’est-il révélé si ignorant ? Comment vos paroissiens, vos catéchistes et même vos prêtres ont-ils pu rester dans l’ignorance après 60 ans de catéchisation organisée par l’Église d’Alexandrie en Tanzanie ? L’ignorance peut-elle être le fruit d’une catéchisation à long terme bien structurée ?
L’évêque Chrysostome est également responsable du Rwanda. Et le site internet rapporte qu’il y a récemment animé un séminaire pour les catéchistes rwandais. Il y est écrit qu’au cours de ce séminaire, il a été décidé d’entreprendre la traduction d’un manuel pour catéchistes dans la langue locale. C’est une excellente initiative, mais pourquoi ne font-ils que commencer ? Et pourquoi seulement maintenant, alors que le diocèse grec du Rwanda a été créé en 2009, il y a près de 17 ans ! Et imaginez que rien n’avait été traduit ni publié pour les catéchistes ! Jusqu’à ce que les Russes arrivent et commencent à œuvrer pour l’instruction religieuse.
J’entretiens de manière informelle de bonnes relations avec certains prêtres africains qui ne nous ont pas rejoints. Et plus d’une fois, dans différents pays, j’ai entendu ces mots :
« Bien que nous soyons restés au sein de l’Église d’Alexandrie, nous sommes reconnaissants à l’Église orthodoxe russe d’être venue en Afrique. Car ce n’est qu’après votre arrivée que les Grecs ont commencé à bouger un peu et à faire quelque chose pour le développement de l’Église chez nous. Et nous comprenons parfaitement que pour tout ce qu’ils font de bien aujourd’hui, c’est vous qu’il faut remercier, car si les Russes n’étaient pas venus, rien de tout cela n’aurait existé ».
Le diocèse de l’évêque Chrysostome illustre le déclin de l’Orthodoxie à Bukoba avant l’arrivée de la mission, marqué par la fermeture du séminaire et le manque de matériel catéchétique. La visite du métropolite Constantin en mars 2024 et la distribution de livres en swahili ont suscité un regain d’activité et un réveil au sein de la communauté grecque locale. Pour plus d’informations, visitez le site de la Mission Orthodoxe.

Distribution de nouvelles éditions orthodoxes en langue chichewa, paroisse Saint-Vladimir, Malawi.
Et c’est précisément un mouvement superficiel, rien de plus. Si je parais partial, eh bien, allez regarder toutes les actualités sur la catéchisation sur le site du diocèse de Bukoba. Puis, comparez-les avec ce que nous avons fait et continuons de faire pour la catéchisation en Afrique (d’après les actualités sur nos ressources officielles).
C’est pourquoi, au lieu de se discréditer par un mensonge éhonté prétendant que « les Russes ne font pas de catéchisation », l’évêque Chrysostome devrait pour commencer faire au moins autant que nous dans ce domaine. Car si ce que nous faisons n’est « rien », comment qualifier alors ce que vous faites en Afrique sur le plan de la catéchisation ? Une valeur négative ?
Publiez enfin, ne serait-ce qu’un « Catéchisme » en swahili. Ou bien, si vous en êtes incapable, cher évêque Chrysostome, adressez une demande au métropolite Constantin du Caire et de l’Afrique du Nord, et nous partagerons notre édition avec vous, nous ne sommes pas regardants. Pourvu que les Africains qui veulent devenir orthodoxes puissent réellement découvrir la foi orthodoxe. C’est notre unique préoccupation, et c’est précisément à cela que nous dépensons nos roubles, dont vous parlez tant. Peut-être même un peu trop pour un moine (six fois au cours d’un court texte !).
Bien sûr, l’Église d’Alexandrie ne se résume pas au seul diocèse de Bukoba. Mais la situation n’est pas meilleure ailleurs. Il y a un mois, on m’a envoyé une information provenant d’un site anglophone, indiquant que la société agroalimentaire grecque « Decargo » avait remis au patriarche Théodore d’Alexandrie 100 000 livres orthodoxes destinés à être distribués sur le territoire africain.
Curieux, j’ai lu l’original de cette information en langue grecque. Il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas de livres, mais de 100 000 exemplaires du journal « La Vérité Orthodoxe », publié par ladite entreprise !

La société grecque Decargo a remis au patriarche Théodore d’Alexandrie 100 000 exemplaires de son journal.
L’information ne précise pas en quelle langue étaient rédigés les documents transmis. Or, la question est de taille, puisque ce journal est publié en langue grecque. Est-il nécessaire de rappeler que les Africains ne lisent pas le grec ? S’il s’était agi d’une édition spécialement conçue pour l’Afrique en anglais, en français ou en swahili, les journalistes l’auraient-ils passé sous silence ? La remise officielle, par ailleurs, a eu lieu en Grèce. Autrement dit, cela n’a même pas été acheminé en Afrique. Et même si cela venait à l’être, les Africains ne pourraient guère que regarder les images de ce journal grec. De surcroît, cette initiative n’est pas le fruit des efforts du Patriarcat d’Alexandrie, mais relève de la seule volonté d’un donateur !
L’affirmation suivante de l’évêque Chrysostome, selon laquelle nous « ne mènerions aucune activité missionnaire » en Afrique, est elle aussi un mensonge éhonté. Celui-ci se réfute très facilement : il suffit de consulter les actualités sur le site de l’Exarchat d’Afrique. Pour plus de clarté, permettez-moi de faire un bref résumé des deux derniers mois (juin et juillet). Sur notre site, chaque actualité est documentée en détail et accompagnée de photographies.

L’Exarque patriarcal d’Afrique, le métropolite Constantin, après un baptême dans l’une des paroisses du Malawi
Tanzanie. Le 27 juillet, le métropolite Constantin a baptisé 11 personnes dans le lac Victoria et en a reçu 12 autres par la chrismation. Total : + 23.
Guinée équatoriale. Les 17 et 18 juillet, j’ai reçu 21 personnes par la chrismation et deux par le baptême. Total : + 23.
Cameroun. Du 12 au 16 juillet, nos prêtres dans le nord du pays au total ont baptisé 180 personnes. Le 30 juillet, dans la capitale du pays, 9 personnes ont été reçues par la chrismation, et 16 personnes le 20 juin. Total : + 205.
Malawi. Le 11 juillet, 16 personnes ont été baptisées dans le sud du pays, et 10 personnes le 14 juin dans le nord. Total : + 26.
Mozambique. Le 7 juillet, 18 personnes ont reçu le baptême, et 38 personnes le 13 juin. Total : + 56.
Burundi. Le 27 juillet, 21 personnes ont été baptisées.
RCA. Le 5 juin, 2 personnes ont été baptisées.
Soit un total de 356 personnes dans sept pays au cours des deux seuls derniers mois. Tout cela constitue précisément les fruits du travail missionnaire, et non des fidèles ayant quitté les Grecs pour nous rejoindre.

En effet, nous ne rebaptisons pas et ne rechrismons pas les anciens membres de l’Église d’Alexandrie, le repentir pour le péché de schisme étant suffisant pour eux. Et il ne s’agit là, en réalité, que des baptêmes ayant fait l’objet d’une publication, mais ils suffisent amplement à démasquer un énième mensonge de l’évêque grec.
Par ailleurs, en Afrique du Sud, plusieurs clercs issus de la population africaine « blanche » nous ont rejoints en quittant l’Église d’Alexandrie. Tous ces pères sont des personnes dotées d’une solide éducation et tout à fait autonomes sur le plan financier. À leur sujet, il est particulièrement cocasse de lire les affirmations de l’évêque Chrysostome concernant une « population pauvre et ignorante, achetée avec des roubles ». Je me permets de citer un extrait d’un entretien avec l’un d’entre eux, l’archimandrite Zacharie Van Wyk :
« Au sein de l’Église grecque, nous ne nous sentions absolument pas les bienvenus. Il n’y a pas d’offices dans d’autres langues que le grec. Et concernant la mission en afrikaans, il est devenu évident que nous n’aboutirions à rien. L’Église russe offre la possibilité de mener activement un travail de mission et de célébrer en afrikaans ».
Voilà qui répond à la question de savoir qui, en Afrique, s’occupe réellement de la mission.
D’aucuns diront peut-être : il n’est pas surprenant qu’ils mentent à votre sujet, puisqu’ils vous considèrent comme des concurrents et même des ennemis. Visiblement, du point de vue des évêques grecs de l’Église d’Alexandrie, mentir dans ce cas précis n’est pas un péché.
Le problème est qu’ils ne mentent pas seulement à notre sujet. Dans l’information que j’ai mentionnée plus haut concernant la remise des 100 000 journaux grecs, on cite le discours du patriarche Théodore adressé au dirigeant de « Decargo ». Le primat de l’Église d’Alexandrie y déclare : « Nous avons en Afrique 2 500 écoles, dans lesquelles étudient des dizaines de milliers d’élèves ». C’est, je le rappelle, une information de juillet 2026. Or, un an plus tôt, en juin 2025, le patriarche Théodore avait affirmé lors d’une rencontre avec Nikos Androulakis que l’Église d’Alexandrie comptait « 2 000 écoles et 3 000 centres médicaux ».

Quelle croissance impressionnante : 500 nouvelles écoles en Afrique en seulement un an ! Dans quels pays ont-elles donc été construites et inaugurées ?
Dans aucun.
Je le dis sans détours : c’est un mensonge. L’Église d’Alexandrie ne possède pas 2 500 écoles en Afrique. Elle n’en a pas même 2 000.
Les journalistes grecs qui ont publié cette information peuvent demander la liste de ces écoles, avec leurs noms, adresses, ainsi que les noms et coordonnées des directeurs. Ensuite, si on la leur fournit, ils pourront vérifier. Et ils constateront que c’est une fiction. Un chiffre inventé de toutes pièces pour impressionner et s’attirer les faveurs de donateurs crédules. C’est pourquoi ce chiffre varie autant d’un discours à l’autre du patriarche Théodore : 500 écoles en plus ou en moins, qu’importe ? Qui va vérifier ?
L’Église d’Alexandrie ne publie jamais ses statistiques permettant de voir combien d’écoles, de paroisses ou de prêtres elle compte dans chaque pays. Pourtant, la recherche de mentions d’écoles spécifiques dans les sources ouvertes donne un total de 30 établissements. Cela inclut les jardins d’enfants et les écoles dont seule la première pierre a été posée. Certes, quelques écoles ont pu ne pas être mentionnées sur le réseau, mais même en en tenant compte, on parle de dizaines d’établissements, et non de milliers.
L’Église d’Alexandrie ne possède pas non plus 3 000 centres médicaux, cela va de soi. Durant toutes mes années de travail en Afrique, j’ai seulement entendu parler d’un unique centre médical de l’Église grecque à Madagascar. Et voici dans quel contexte : en mai de cette année, le prêtre malgache Ézéchiel Boto m’a raconté devant témoins que lorsque les fidèles de sa paroisse Saint-Prophète-Élie s’adressaient au centre médical de l’Église d’Alexandrie dans la ville de Toliara pour obtenir des soins, on les éconduisait en leur disant : « Que l’Église russe vous soigne ».
Et comme nous n’avons pas de centre médical dans cette région, cela signifie que les représentants de l’Église d’Alexandrie condamnent sciemment ces Africains à la maladie, voire à la mort, en guise de punition pour avoir osé rejoindre l’Église russe. Voilà comment ils considèrent en réalité ces « pauvres Africains », pour lesquels ils manifestent tant de sollicitude en paroles sur Internet.
Un autre exemple : sur le site officiel de l’Église d’Alexandrie, la biographie du patriarche Théodore indique qu’il a « créé la communauté grecque en Angola ». Pourtant, les recherches sur Internet montrent qu’il n’existe aucune communauté grecque en Angola. De mon côté, j’ajouterai qu’il n’y a pas non plus de paroisse de l’Église d’Alexandrie là-bas. Et il n’y en a jamais eu. C’est nous, les Russes, qui avons apporté l’Orthodoxie dans ce pays africain, et nous y avons une paroisse permanente ainsi qu’un prêtre issu de la population locale. Tout cela est confirmé par des actualités récentes et des photographies.

Capture d’écran du site internet de l’Église orthodoxe d’Alexandrie.
Concernant le degré de stupeur que provoquent les déclarations des évêques de l’Église d’Alexandrie chez ceux qui se sont rendus en Afrique, je citerai un extrait d’une discussion sur le site Orthodox History. J. Burnett, qui a longtemps œuvré comme missionnaire orthodoxe en Ouganda pour le compte de l’Église d’Alexandrie, écrit :
« L’idée qu’il y ait trois quarts de million d’orthodoxes au Kenya est risible, tout comme les chiffres avancés pour les autres pays. Le métropolite de Kampala (Jona) a déclaré un jour en ma présence qu’il y avait 300 000 croyants orthodoxes en Ouganda. J’ai personnellement visité presque toutes les paroisses de ce pays, et mon estimation brute se situerait autour de 3 000. Oui, un pour cent du chiffre annoncé ».
Permettez-moi de relater l’histoire du père Nicolas Esterhuizen, l’un des prêtres « blancs » qui nous a rejoints en Afrique du Sud. Il débordait d’initiatives missionnaires variées qui, au sein de l’Église d’Alexandrie, ne recevaient ni bénédiction ni moyens de réalisation. Un jour, lors d’une visite du patriarche Théodore dans le pays, le père Nicolas fut invité, avec d’autres clercs et laïcs, à une cérémonie officielle dans un centre de mission. En arrivant, il découvrit un très beau bâtiment où des Africains exécutaient des danses nationales devant le patriarche. Le père Nicolas pensa avec joie et surprise : « C’est formidable ! Il s’avère que nous disposons de tout un centre de mission ! » Il s’approcha d’un diacre grec pour partager ses idées sur la manière d’utiliser ces locaux pour la mission, mais il s’entendit opposer une réponse décourageante :
« Ne t’encombre pas l’esprit, nous n’avons ouvert cet endroit que pour la durée de la visite du patriarche. Dès qu’il sera parti, nous le refermerons ».
Après cela, le père Nicolas comprit tout des perspectives d’une mission réelle au sein de l’Église d’Alexandrie. Aujourd’hui, au sein de l’Église russe, il mène un travail missionnaire avec un grand succès.
Je pourrais multiplier les exemples pendant encore très longtemps, mais ce qui a été exposé suffit à démontrer que les évêques de l’Église d’Alexandrie ne mentent pas seulement à notre sujet, mais aussi sur eux-mêmes.
Ainsi donc, de nombreux Africains sont fatigués de ces mensonges. Et ils ne sont pas les seuls, puisque même certains Grecs résidant en Afrique assistent précisément à nos offices.
Certains lecteurs penseront peut-être que je suis un ennemi de l’Église d’Alexandrie. Ceux-là seront sans doute surpris d’apprendre que j’ai été, par le passé, un grand admirateur et même un ami de la mission grecque en Afrique.
Dès 2008, de ma propre initiative, je collectais des dons et les envoyais en Afrique pour soutenir de nombreuses initiatives, tout ce qui m’était demandé. J’ai fait la connaissance personnelle de plusieurs prêtres et évêques de l’Église d’Alexandrie. J’ai même reçu une distinction de l’un des métropoles de cette Église, qui se trouve toujours dans mon armoire. J’admirais la mission de l’Église d’Alexandrie, du moins, tant que je m’en faisais une idée à travers les récits des Grecs eux-mêmes.
Mais lorsque je me suis rendu en Afrique en personne et que j’ai commencé à échanger avec les Africains orthodoxes hors de la présence des Grecs, mes lunettes roses sont tombées et une réalité choquante s’est offerte à mes yeux.

On peut comparer cela à un homme qui a longtemps entendu parler d’une ville magnifique et qui, lorsqu’il y arrive enfin, découvre que toute cette ville n’est qu’un immense décor de cinéma, où le vide se cache derrière de belles façades.
Voilà ce qu’est toute la « mission » de l’Église d’Alexandrie. Je ne dis pas que les Grecs n’y font absolument rien, ils font des choses, mais seulement ce qui est nécessaire pour créer une belle façade. Et même cette façade, ils ne l’ont pas construite pour les Africains. Ils l’ont construite pour les donateurs grecs.
Peu de gens le savent (et ce fut une découverte pour moi aussi), mais la majorité des évêques grecs de l’Église d’Alexandrie ne vivent pas en Afrique. Ils ne se rendent dans leurs diocèses que deux ou trois fois par an, prennent des photos avec les locaux, puis retournent en Grèce, où ils racontent leur mission difficile, montrent ces photos et collectent des dons auprès des sponsors grecs. Non seulement auprès de ceux de Grèce, mais aussi de ceux des États-Unis et de Chypre. C’est pour ces collectes de fonds que ce décor est nécessaire.
Je ne veux pas prétendre que nous, les Russes, sommes parfaits. Nous n’en sommes qu’au début du chemin, bien sûr, tout ne réussit pas, il y a des erreurs, и, наверняка, будут еще (et il y en aura certainement d’autres). Beaucoup de choses avancent plus lentement qu’on ne le souhaiterait. Mais un élément distingue fondamentalement notre mission de la mission grecque.
Nous communiquons avec les Africains d’égal à égal, et non de haut.
Nous ne construisons pas un décor, mais une véritable ville.
En Afrique, nous ne sommes pas là pour servir en priorité les Russes locaux, comme le font les évêques grecs, nous nous consacrons avant tout aux Africains eux-mêmes.
L’évêque Chrysostome écrit : « Chers frères orthodoxes russes ! Hors d’Afrique ! Vous n’aboutirez à rien ! »
Eh bien, que nous aboutissions à quelque chose ou non, cela dépend de la volonté de Dieu. L’avenir le dira. En revanche, l’expression « hors d’Afrique » m’a beaucoup étonné.
Cher évêque Chrysostome, qui êtes-vous au juste pour chasser qui que ce soit d’Afrique ? Vous n’êtes pas africain. Vous ne faites même pas partie des Grecs d’Afrique, vous êtes né et avez grandi à Athènes. Vous n’êtes pas citoyen de Tanzanie, mais citoyen de Grèce. En Afrique, vous n’êtes qu’un étranger.
Quant à l’Église orthodoxe russe, elle s’est implantée en Tanzanie à l’invitation des habitants locaux (un document officiel publié dans mon article en atteste) et constitue une Église enregistrée et officiellement reconnue. Elle compte 18 prêtres tanzaniens et 25 paroisses, rassemblant plus de mille paroissiens issus de la population locale.

Ils sont membres de l’Église orthodoxe russe. Doivent-ils eux aussi quitter l’Afrique ? Pour aller où ? Et pourquoi ? Parce que vous en avez décidé ainsi ?
N’est-il pas étrange qu’un étranger, originaire d’un petit pays européen, chasse publiquement de Tanzanie une Église tanzanienne ?
Je me demande, cher évêque, si vous avez coordonné l’expulsion de l’Église russe avec les autorités de Tanzanie ? Vous ont-elles conféré de tels pouvoirs ? Je pense que cette histoire susciterait chez elles un très grand étonnement si elles venaient à l’apprendre.
Nous, les Russes, sommes les seuls Blancs à avoir activement aidé les Africains à secouer le joug du colonialisme au XXe siècle. En poursuivant ces glorieuses traditions, je voudrais respectueusement rappeler au cher évêque Chrysostome que l’époque où les Européens régentaient les affaires sur le continent africain est révolue depuis longtemps. Aujourd’hui, ce sont les Africains eux-mêmes qui décident qui ils doivent chasser d’Afrique et qui ils veulent y inviter. Quant à vous, cher évêque grec, vous n’êtes qu’un invité en Afrique, qui ferait bien d’apprendre à accepter et à respecter les décisions des Africains. Tout comme nous le faisons.
Si les Tanzaniens ne nous avaient pas invités, nous ne serions pas apparus en Tanzanie. Nous ne nous imposons à personne et n’achetons personne, contrairement à vos affirmations racistes.
J’ai vu de mes propres yeux les lettres confidentielles de certains évêques de l’Église d’Alexandrie, dont la teneur se résumait à ceci : « Les Russes ont acheté nos prêtres africains, donnez-nous plus d’argent et nous les racheterons ! » Comme c’est répugnant ! C’est comme s’ils se croyaient sur un marché aux esclaves, tentant d’acheter un captif en proposant un prix plus élevé que les autres. Bien que ce ne soit pas le cas de tous, certains évêques grecs ont effectivement offert de l’argent à nos prêtres pour qu’ils retournent au sein de l’Église d’Alexandrie. Les résultats de cette tactique se sont révélés bien inférieurs aux attentes placées en elle. La grande majorité des prêtres africains ont prouvé par leurs actes que leur personne, leur conscience et leurs convictions ne sont pas des marchandises que l’on peut acheter.

Si l’évêque Chrysostome prétend nous avoir dit de “quitter l’Afrique” dans un sens ecclésiologique et canonique, en tant que représentant de l’Église d’Alexandrie qui serait prétendument la seule église canonique en Afrique, je devrai lui rappeler que les schismatiques n’ont pas de territoire canonique. Aucun canon de l’Église ne protège le “territoire canonique des schismatiques”. En devenant un seul corps ecclésial avec un rassemblement schismatique, vous avez cessé d’être une Église canonique.
Actuellement, la seule Église canonique en Afrique est l’Église orthodoxe russe. Et conformément au 2ème canon du Concile d’Antioche, nous sommes tenus d’accueillir quiconque parmi vous souhaite se préserver de l’unité avec le schisme et sauver son âme de la perdition éternelle. Si vous changez d’avis, cher évêque Chrysostome, nous vous accueillerons également, malgré tout ce que vous avez écrit sur nous.
Certes, chez nous, vous devrez réellement travailler et non feindre d’agir, et il vous faudra veiller à prêcher l’Orthodoxie aux Africains, et non à “préserver l’héritage de l’hellénisme en Afrique”, ce qui, selon les mots du patriarche Théodore, constitue la tâche principale de l’Église d’Alexandrie (comme il l’a déclaré lors d’une de ses rencontres avec la diaspora grecque locale).

Si le fait que nous continuions d’accueillir les Africains qui vous quittent pour nous rejoindre ne vous plaît pas, vous pouvez y mettre fin dès aujourd’hui. Appelez le patriarche Théodore, convainquez-le de revenir à la position qui était la sienne, ainsi que celle de toute l’Église d’Alexandrie, avant novembre 2019, et repentez-vous du péché de schisme. Alors, vous redeviendrez une Église canonique.
Certaines circonstances m’amènent à envisager que j’ai peut-être mal compris la position exprimée par l’évêque Chrysostome et d’autres hiérarques grecs de l’Église d’Alexandrie.
Le fait est qu’ils ne sont si menaçants que sur Internet. En revanche, lorsque nous nous rencontrons en Afrique (le plus souvent de manière inattendue), nous entendons des discours tout à fait différents de leur part et constatons une attitude bien distincte lors de nos conversations privées.
Un métropolite grec a ainsi dit à l’exarque patriarcal d’Afrique : “Merci de prendre soin de nos gens”. Un autre a offert une panagia à notre évêque, et à moi-même — une croix pectorale de prêtre ornée, en signe de gratitude pour nos efforts. Je ne peux pas la porter, n’ayant pas reçu le droit de porter une telle distinction au sein de mon Église, je la conserve donc dans une armoire.
Un autre évêque encore m’a assuré, lors d’un entretien privé, qu’il n’avait rien contre nos activités et a promis de ne pas y faire obstacle. Et même ce même évêque Chrysostome s’est montré fort aimable lors de notre rencontre à l’aéroport d’Addis-Abeba. »

Photo : archives personnelles de l’auteur
Dès lors, face à ce décalage radical entre la position officielle sur Internet et l’attitude lors des rencontres informelles, je ne vois que deux explications possibles. Soit l’évêque Chrysostome est sincère précisément dans son article public, et il était hypocrite lors de notre rencontre. Soit il était sincère à ce moment-là, ce qui signifierait que j’ai mal interprété le discours en question ainsi que toute la position officielle de l’Église d’Alexandrie.

Gabon. Visite archipastorale du métropolite Constantin.
Peut-être qu’en réalité, ils ne sont pas coupés du monde. Peut-être qu’en réalité, ils comprennent tout parfaitement. Et tous ces discours passionnés sur Internet ne sont qu’une manœuvre bien calculée, qui ne s’adresse ni à nous, les Russes, ni aux Africains, mais aux donateurs grecs. En effet, toute l’Église d’Alexandrie repose sur les dons, et ce n’est un secret pour personne qu’avec la dégradation de la situation économique en Grèce et à Chypre, le flux de ces dons a fortement diminué. Ainsi, l’arrivée des Russes en Afrique est devenue une excellente occasion pour les évêques de l’Église d’Alexandrie d’attirer à nouveau l’attention sur eux et d’augmenter les collectes de fonds. “Regardez ! Des roubles ! Les Russes arrivent avec leurs roubles et achètent les Africains orthodoxes ! Des roubles, des roubles, des roubles ! Une menace pour l’héritage de l’hellénisme en Afrique ! Des roubles ! Donnez-nous plus d’argent pour que nous ayons plus d’euros que de roubles, avant qu’ils n’achètent absolument tout le monde !”
Qui sait, peut-être qu’après avoir terminé son discours passionné, l’évêque Chrysostome a répété en esprit les mêmes mots que j’ai entendus de la bouche de certains prêtres de l’Église d’Alexandrie ? Quelque chose comme : “ Seigneur, merci pour les Russes d’être venus en Afrique et de nous avoir donné un si beau prétexte pour demander plus d’argent aux donateurs ! Et surtout, un prétexte infini ! Longue vie à l’Exarchat patriarcal d’Afrique ! ”
Eh bien, c’est fort possible. L’âme d’autrui est un mystère. Mais, quelles que soient les pensées tapies dans l’esprit de l’évêque Chrysostome, c’est un mensonge qui est sorti de sa plume, et j’ai néanmoins décidé de le corriger publiquement.
Enfin, pour conclure, je dirai que nous dépensons nos roubles pour construire en Afrique des églises, des écoles, des orphelinats et des dispensaires, pour aider les victimes de catastrophes naturelles, pour traduire et publier des livres, pour assurer une éducation de qualité, pour organiser la vie ecclésiale et pour accompagner sur la voie monastique ceux qui le désirent de tout cœur. Grâce à cette activité, les Africains deviennent plus heureux. C’est un fait. Regardez les photos. Regardez les visages de ces personnes.
Et si les Grecs se sentent mal du fait que les Africains se portent bien, cela donne largement matière à réflexion sur l’état actuel de l’Église d’Alexandrie.
Prêtre Gueorgui Maximov, Président du Département missionnaire de l’Exarchat patriarcal d’Afrique